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La
curiosité est un atout pour celui ou celle qui aime se faire
surprendre par le bonheur d’une rencontre toujours enrichissante.
Il est important d’être perméable et ouvert aux
nouveautés, celles des yeux, d’une senteur inconnue,
des saveurs clandestines, d’une surprise mystérieuse
toujours issue d’une recherche sur le bonheur. C’est
ici que se nouent les talents, celui de donner et de recevoir. Une
grande table c’est toujours de la simplicité, encore
de la simplicité. C’est aussi un lieu, un espace aux
apprêts en forme d’évidence: un produit, un bon
produit, une géographie qui s’appuie sur une rustique
mise en valeurs des richesses de la nature, un ordonnancement du
rituel où humer et biner le plat
offert sont des obligations courtoises qui précèdent
la dégustation lente et mesurée du travail accompli
en cuisine. En cela, l’ancien café de Saint-Martial-de-Nabirat,
entre Gourdon et Domme, entre Quercy et Périgord reflète
cette passion qui donne quelques voiles de folie qui s’inspirent
des cocottes de grand-mère et justifient notre voyage en ces
terres inhabituelles et encore abritées des inconvenances
modernes.
L’harmonie des lieux et des mets
Valérie
et Jean-Marc Réal y ont posé leur baluchon
il y a déjà plus de trois ans. Le village conserve
les vestiges d’un château assiégé par les
croquants à la fin du XVIe siècle. Une église,
une architecture rurale affirmée et une nature paisible se
rient des coteries culinaires pour chanter avant tout l’abandon
aux charmes d’une harmonie des lieux et des mets. Ici rien
ne s’invente. On entre au “Saint-Martial” tout
simplement.
Ce couple a bourlingué. Elle en salle, lui en cuisine. L’aventure,
une sorte de “Tour de France” avant de se faire adopter
et restaurer une adresse aujourd’hui connue et reconnue.
Immense
comme un mouchoir de poche
La
salle de restauration, entre pierre et bois, immense comme un mouchoir
de poche plante un décor chaleureux, intime. Pas
d’esbrouffe inutile. C’est efficace. Une petite vingtaine
de couverts. La terrasse extérieure accueille quand à elle
une trentaine de convives. Valérie et Jean-Marc ont été élèves
chez Giraudel, l’homme du “Vieux Logis” et ils
y tiennent. C’est de là qu’ils ont franchi le
rubicon qui mène à Saint-Martial-de-Nabirat. Ils
ne le regrettent pas, nous non plus. Mais ces deux-là on
le diable chevillé au corps! Entre plaisirs et passion ils
nous entraînent avec une pointe de douceur dans leur monde.
Ce dernier se constitue moderne, imaginatif, respectueux des bases
qui imposent de la rigueur et du… talent.
Les menus à déguster
La
trame de notre menu se joue autour de quatre tempo : une entrée
et un plat ou un plat et un dessert (23 €), une entrée,
un plat et un dessert (32 €), une entrée, un poisson,
une viande, fromage et dessert (45 €), un menu dégustation
pour l’ensemble de la table
(55 €). Cette présentation désormais bien entrée
dans la coutume est agréable, aisée et claire. Se
plaindre serait malvenu. Sans hésiter nous allons vers une
entrée, un plat et un dessert. En avant la musique !
L’entrée, “éventail d’asperges
vertes et blanches du Pays, vinaigrette d’agrumes à l’huile
de noix d’Aiguevive et escalope de saumon fumé par
nos soins tiède, croustillant de galette sarrazin”;
des “filets de rouget poêlés, pâtes fraîches
maison aux épinards, ragoût de légumes liés
au pistou”; “Puits d’amour de fraises du pays,
riz au lait crémeux à la gousse de vanille bourdon,
glace pistaches caramélisées.”
Associations
plaisantes, équilibre des préparations,
aucune agression sur le produit qui s’ouvre dans sa générosité naturelle.
L’ensemble est régulier, bien construit, joyeux, coloré.
La complicité entre tous est assurée avec une franchise
soutenue.
Jean-Marc
laisse aux produits leur supériorité,
peut-être se lâche-t-il un peu plus sur les compositions
qui donnent à chaque plat une signature toute personnelle.
Signe des temps aussi, phénomène de mode encore,
l’âge et l’assurance aidant cette architecture
des yeux se fera plus sobre. Mais n’est-ce point là -
de notre part - une faute de mauvais goût que d’imposer
une critique au fond imméritée et que d’aucuns
pourraient en revanche ne pas partager? Fermez le ban.
Une
adresse recommandable
Voici
donc un restaurant agréable, convivial développant
une cuisine recherchée, offrant un service de qualité.
L’ensemble constitue un excellent rapport qualité-prix.
Et ce n’est pas une simple formule. La carte des vins est très
ouverte aux influences du Sud-Ouest tout en préservant un
survol des autres principaux vignobles français restant dans
une gamme de qualité aux risques presque inexistants. Ce travail
de recherche et de conservation expliquant une tarification acceptable
quoique orientée vers le haut.
Dans
la jungle estivale qui surgit entre fin juin et fin août
cette étape bien installée dans le paysage local est
roborative. Valérie et Jean-Marc contribuent, en toute sérénité, à apaiser
les houles qui secouent l’image gastronomique du Périgord.
Dieu merci, ils ne sont pas seuls. Laissons passer les derniers effets
de la canicule et profitons de l’arrière-saison afin
de reprendre la petite route qui mène à Saint-Martial-de-Nabirat.
L’ancien café du village a bel et bien trouvé une
nouvelle vie. Elle est due - il importe d’insister dessus - à la
passion commune entretenue par ce couple qui, de toute évidence,
n’est pas là uniquement pour faire fortune. Il y a encore
des gens passionnés, simples et qui cultivent le talent de
donner et recevoir. La politesse impose de les encourager. L’honnêteté de
les accompagner sur le chemin difficile ainsi choisi.
Restaurant
LE SAINT-MARTIAL
Au
bourg 24250 Saint-Martial-de-Nabirat – Tél. 05 53 29
18 34
Fermé le
mardi et le mercredi – Services de 12 h à 13h30 et de
19h30 à 21 h. De 23 à 55 euros. |